Form'action : Ecole de massage, de relaxation et de somatothérapie
" Pouce …j'arrête " - paru dans le mensuel Soleil Levant - Déc.2002

Dit l'enfant, quand le jeu ne lui convient plus. Il fixe sa limite, l'affirme en tendant son bras et en levant son pouce.
Les empereurs romains baissaient leur pouce pour condamner à mort. Le pouce est, depuis toujours, relié à la décision, à l'autorité.
En Réflexologie, le gros orteil et le pouce sont reliés au cerveau.
Pour les Chinois, chaque méridien est associé à un organe, une saison, un élément naturel et à des qualités humaines. Par exemple, le méridien du foie est associé au printemps, au bois et à la capacité à faire du neuf : à être créatif. Le pouce est le doigt où se termine le méridien du poumon. Ce dernier est associé à l'automne, au métal, à notre capacité à nous protéger (côte de maille), et à éliminer avec rapidité les agressions. Le pouce nous relie ainsi à notre capacité à trancher (épée), à choisir avec justesse.
Ces symboles se sont concrétisés par des douleurs, dans le corps d'une femme que l'on va appeler Corinne. Voici l'histoire de son pouce : depuis un an, Corinne se plaint de douleurs à son pouce droit sans que des causes physiques, ou un diagnostic médical ne donnent d'explication. Lors d'un entretien que j'accompagne d'un massage de sa main, Corinne raconte les circonstances d'apparition de cette douleur ;
"il y a un an mon fils, oisif, qui vit encore chez moi m'a injurié. Je lui ai sorti ses valises et demandé de partir. Il est resté, et s'est enfermé dans sa chambre ..".
En même temps qu'elle raconte son histoire, son pouce n'arrête pas de bouger comme s'il se tordait de douleur, comme s'il donnait des coups. Corinne prend, en même temps, conscience qu'elle ne peut pas complètement se mettre en colère contre lui, car elle a besoin de le retenir. Elle se rappelle qu'il est né le même jour que sa mère, et que son mari aujourd'hui décédé. Elle prend son fils comme un substitut de son mari et de sa mère. En prenant conscience de son ambiguïté : " je souhaite son indépendance, et j'ai besoin de lui ". En reconnaissant sa part dans la difficulté de son fils à se prendre en charge, son pouce se relâche. Depuis, elle n'a plus mal. Son pouce, " Messager " par sa douleur, interpellait la conscience. Ayant été entendu, le pouce a retrouvé sa juste tonicité.
Ici, avec Corinne, le massage a parlé à son corps, et la parole a libéré la mémoire : le ressenti douloureux s'est transformé en émotions, les émotions en mouvements, et le sens est apparu, libérant à la fois la mère et le fils d'une tension invisible.
Quand le corps se décrispe, la pensée s'ouvre et s'élargit ; la main accueille, partage. Aujourd'hui, le fils de Corinne est parti : il a son chez lui ; chacun dispose de son espace de liberté pour construire son avenir.
Depuis que nous sommes nourrissons, nous vivons, aussi, nos difficultés, nos tensions, nos douleurs.Mme Suzanne ROBERT-OUVRAY décrit bien comment ces liens se sont inscrits, dès notre prime enfance, dans son livre " Intégration motrice et Développement psychique " (paru chez Desclée de Brouwer). Le bébé, quand il a faim, quand il se sent seul, exprime ses besoins par de petits mouvements, puis par des cris, des pleurs et, enfin, il va se tendre, se crisper, hurler sa souffrance.
Si la mère est dépressive ou anxieuse, ou si elle ne regarde pas son enfant, le nourrisson va enregistrer un mode de communication basé sur le dur, le désagréable, le froid, le vide.
Quand ses besoins fondamentaux sont satisfaits (affection - nourriture), le nourrisson se relâche, s'abandonne au plaisir : son corps devient lourd, son visage s'apaise et, parfois même, exprime l'extase.
Si, face à un bébé qui crie sa souffrance, sa mère lui parle, lui dit ce qui s'est passé pour elle et pour lui
("j'étais occupé, et je ne t'ai pas entendu tout de suite" - "alors, tu es en colère" ..), elle le rassure, le tranquillise et l'introduit dans la communication avec des mots ; les sensations prennent sens.Progressivement, quand tout va bien, l'enfant va disposer d'une alternance de sensations de base (dur - mou / fort - doux / froid - chaud / vide - plein / sombre - lumineux / déplaisir - plaisir ..). Il va apprendre à ressentir toutes les nuances. Il va acquérir les mots, de plus en plus précis, pour les décrire. Il va disposer d'outils pour se représenter son monde intérieur, ainsi que celui des autres.
Plus tard, adulte, il pourra ressentir ses besoins (sensations), les reconnaître (les nommer), et se donner les moyens, par la communication avec les autres, d'y répondre ou de les ajuster.
La façon dont se sont construites ces alternances (tension - relâchement / plaisir - déplaisir), va être déterminante pour la suite du développement physique et psychologique. Nés ensemble, le corps et le psychique se nourrissent, ensemble, des éléments de la vie et tissent une toile vivante faite d'images, d'engrammes, de traces qui structurent le squelette et la façon de penser.
S'il a connu, petit, essentiellement la tension, le corps, gardant cette mémoire, aura du mal à se relâcher, à se reposer, à dormir, à s'abandonner, et la personne aura du mal à croire qu'avec autrui, elle puisse vivre la confiance, le bien-être.
La psychothérapie est l'art de soigner l'individu par la parole, par la compréhension de ce qu'il est, des liens entre son histoire familiale, son éducation, ses croyances, sa vie et ses comportements d'aujourd'hui.
D'une façon générale, la Somatothérapie (Soma : le corps / Thérapie : prendre soin), amène la personne à (re)trouver le chemin de son corps, à n'être qu'un avec lui. Cette reconnaissance est le chemin vers la relance progressive de ses mouvements de vie, qui ont été perturbés ou arrêtés depuis le stade embryonnaire.
Etre Somatothérapeute permet, grâce à la relaxation et au massage, de relancer une dynamique de plus en plus profonde vers le processus naturel de l'alternance entre la tension et le relâchement : ainsi, de plus en plus, je deviens capable de me tendre pour assouvir mon besoin, construire ma vie, agir et travailler, et je goûte la réponse faite de plaisir, de douceur, de repos, et de récompense.
Le parcours est long. Il est initiatique. Il nous amène, pas à pas, au respect de nous, au repérage fin de ce qui se passe dans notre monde intérieur, monde fait de sensations, de sentiments variés toujours en mouvements. Cette écoute de soi nous guide vers ce qui est juste.
Dès que je ne suis plus juste dans ma relation avec mon environnement, ma respiration s'arrête, s'atrophie, et mon corps se rétracte, se crispe. En retrouvant la bonne attitude, ma respiration devient fluide, et la tonicité de mes muscles s'ajuste.
Lors du Massage Relationnel dans un cadre sécurisant, le consultant va se relier à ce corps qu'il est réellement : avec ses limites, avec ce qui est froid et tendu, chaud et contracturé, avec ce qui n'a pas pu grandir. Le massage, lorsqu'il est accueilli, à la propriété d'harmoniser et de relancer les mouvements de croissance : comme, si dans notre corps, il y avait des parties endormies qui se sont mises en dormances, dans l'attente d'un moment où, sans risque, elles puissent à nouveau grandir. Le psychisme, parallèlement, en écho, va se libérer de ses traumatismes, et la vie deviendra plus pleine.
Ce processus, basé sur l'écoute et le respect de soi, nous amène à notre être, notre unicité : corps et âme.
De même que nos rêves peuvent être nos guides si nous apprenons à les interpréter, nos symptômes, nos douleurs, nos maladies nous guident vers la connaissance profonde de ce que nous sommes.

Guy LARGIER